Alarmes Egales II

25 janvier 2012

Putain de moto…

Revenir ici, discrètement, comme si je n'étais pas "chez moi"…

Pour dire ma tristesse, peut-être aussi ma colère parce que je ne m'imaginais pas qu'il disparaîtrait de cette façon. Le cinéaste mélancolique poète de la lenteur, du gris, de la brume, du temps qui passe, obsédé par le thème de la frontière, Théo Angelopoulos a bêtement été renversé par un motard. On ne verra donc pas L'Autre Mer…

 

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07 novembre 2011

Les mots des autres

… à défaut des miens…

« (…) j'ai pensé que les mots ne frissonnent pas, eux, qu'ils ne peuvent qu'être tranchants, meurtriers, au mieux ambigus, et qu'ils ne nous donnent les êtres que lointains, ou morts. »

(Richard Millet, La fiancée libanaise)

 

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20 juillet 2011

Juin 1967

Il y a quelque chose d'agréablement indolent dans la douceur de cette fin de printemps. Nonchalance des terrasses ombragées où l'on se retrouve après les cours, des conversations tranquilles qui s'y tiennent, des rires qui fusent parfois, en rien gênés par les bourdonnements de la ville, les cris des martinets tourbillonnant haut dans le ciel ou des mouettes raillant les vaguelettes qui louvoient entre les coques sagement alignées au port. Tout paraît entré dans un calme qui nous semble ne jamais vouloir s'arrêter.

Les fureurs du monde sont éloignées sans toutefois échapper à nos discussions. Une junte militaire au pouvoir à Athènes, une rapide guerre au Proche-Orient que l'on dit "des Six jours", des émeutes raciales qui s'aggravent aux Etats-Unis, des bombardements qui s'amplifient sur Hanoï… De choquantes images aux actualités du Ciné-journal suisse au cinéma, avant la projection du film. Comment ne pas en être consterné… Derniers soubresauts d'un vieux monde qui s'écroule, peut-être…

Parce qu'il y a aussi dans l'air quelque chose de troublant, comme un murmure de révolution lointaine. D'autres mots qui se disent, d'autres musiques qui éclatent, d'autres couleurs qui jaillissent. Si les premières ballades de Simon et Garfunkel nous font rêver à la douceur de la peau des filles, un extraterrestre nommé Hendrix vient à peine de surgir dans nos transistors avec sa Stratocaster magique, métamorphosant le jeu de la guitare. Aussi sec, les Beatles projettent à la face du monde une bombe nommée Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Ahuris, on apprend que quelque part en Californie, à Monterey, un festival de musique monstre vient d'avoir lieu. Dans quelques jours, quelques semaines, on entendra parler de Summer of Love, de Flower Power, sous les riffs de la Gibson de Jerry Garcia (Grateful Dead), la voix cristalline de Grace Slick (Jefferson Airplane) et les mélodies caressantes du Buffalo Springfield.

Où trouverait-on, dans un tel contexte, le moindre signe qui nous dirait que nous ne sommes pas immortels ?

 

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13 juillet 2011

Quelques pépites au fond du puits… (n°1)

Elle se réclame de Brel, de Barbara, de Colette Magny, de Janis Joplin, de Léo Ferré… On pourrait faire pire. A l'époque, j'avais acheté ce disque suite à une émission de radio écoutée chez moi tard le soir au coin d'une table remplie de miettes. Ces mots et surtout cette voix m'avaient hérissé le poil.

Son nom: Mama Béa Tekielski. Et ça s'appelle Pas peur de vous (1980).

 


Mama Béa Tékielski - Pas peur de vous par Leboc

 

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19 juin 2011

Sa toute première télé…

On ne parle que de lui, ces jours-ci, puisque en ce 19 juin, ça fait 25 ans qu'il s'est viandé sous ce putain de camion…

Désolé, gens de l'Hexagone: on ne le découvre pas en mai 1974 à la TV française, comme a pu le dire Marie-Drucker-au-bruching-impeccable dans «C'est notre histoire» de dimanche dernier. Non non, mais bien un mois plus tôt, et avant la célèbre tenue salopette-tee-shirt-jaune, et sur la télé suisse romande, siouplé. Dans une émission intitulée A bâtons rompus, que j'ai alors eu l'honneur de voir, ahuri, tellement ça ne ressemblait à rien de connu, et tellement c'était drôle.

Là, je vous mets le lien avec la séquence des archives de la TSR, plus complète (elle fait bien 6 minutes de plus…) que ce qui existe sur Youtube, ci-dessous.

 

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07 juin 2011

Les mots des autres

«Ecrire est une colère, écrire est un transport, écrire est une conquête, une immensité.»

François Cavanna, Lune de miel

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23 mai 2011

Une plongée dans le sublime

Elle à nouveau. Elle encore.
Elle magicienne. Elles magiciennes, parce qu'elle est là avec son double.
Elles belles et magnifiques.
Parce que leur musique, c'est comme une fenêtre qui s'ouvre sur des rochers envahis de soleil.
Comme des trésors plantés au creux de criques abandonnées.
Comme un regard se jetant dans une mer au bleu si profond que même les vagues vont s'y noyer.
Comme des orages venus d'Olympes désertés par leurs dieux, brisés qu'ils sont comme des morceaux de marbre tombés dans la poussière.
Elle et elle sont une musique qui vient de si loin… Une musique qui sème des coquelicots, fragiles et violents, dans une boue qui bientôt va tout emporter…

«Anatoli», nouveau récital d'Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki vu samedi dernier au théâtre Kléber-Mélau est une plongée dans la beauté et les blessures du monde, la déchirure des espérances. Une perfection !
(Elles sont à Arles le 17 juillet, ainsi que tout le mois au festival d'Avignon. Courez-y…)

 


Angélique Ionatos par Mediapart

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06 mai 2011

Quand le plaisir fait plaisir à voir…

Hier soir, il y avait quelque chose d'infiniment touchant à voir l'émotion de Zabou Breitman face à la belle et longue ovation reçue à l'issue du spectacle «La compagnie des spectres», à l'affiche du théâtre de Vidy à Lausanne. Un texte incroyable, dit avec une drôlerie et une précision chirurgicales, et tout ça dans un décor insensé de Jean-Marc Stehlé…

 

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02 mai 2011

Froissements égarés

La salle est vaste, vide, et silencieuse. Quelques tables, quelques chaises, certaines renversées. Un vieux piano, près d'une fenêtre. La faible clarté de la nuit projette sur les lames du plancher les ombres frémissantes du tilleul dressé dans la cour. L'homme est seul, debout et immobile au fond de la salle, comme s'il attendait la fin de la nuit tout en espérant que le jour ne se lève pas.
Puis il voit sa silhouette, dans l'embrasure de la porte. Lentement, elle s'avance vers lui, glissant ses pieds nus sur le plancher. Elle vient jusqu'à lui, plaque son corps contre le sien, ses seins contre sa poitrine, son front contre son épaule. Le long de leurs cuisses, leurs mains s'effleurent, s'évitent et se retrouvent, se respirent comme des bêtes blessées. Alors, dans le silence de la nuit, sans musique, ils se mettent à danser. Doucement ils dansent, comme pour bercer le temps dans l'espoir de le retenir.
Et dans son regard à lui, un apaisement, momentané, puis une lueur de crainte, diffuse, avant que ne vienne le tranquille effroi face au gouffre avalant ses rêves de temples persans où des feux brûlent depuis des siècles, et au fond duquel les anges se sont endormis.

 

 

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12 avril 2011

De l'autre côté du fleuve…

Je vous dirai ces temps où le jour succédait à la nuit et puis la nuit au jour, et entre les deux une aube violette où les corps s'éveillaient lentement, et encore entre les deux un lent crépuscule messager de veillées rassurantes et de rêves profonds.

Dites-moi si, de l'autre côté du fleuve, une fois le soir venu, des brumes discrètes entourent aussi la cime des arbres s'accrochant à la lune…

Je vous dirai ces hivers s'éternisant en un long après-midi de grisaille, percé du cri des corneilles, où la neige garde la trace des pattes du chat jusqu'au bûcher ou de quelques oiseaux en quête de graine.

Dites-moi si, de l'autre côté du fleuve, quand la chaleur revient, ces animaux muets qui hantent les campagnes viennent aussi s'abreuver sur vos berges…

Je vous dirai ces fados, au matin, balayant les restes de la nuit qui s'éteint, ou ces musiques lointaines, entendues parfois dans d'obscures alcôves.

Dites-moi si, de l'autre côté du fleuve, nous sommes aussi les enfants de ces désastres et de ces bonheurs, prêts à accoucher à notre tour de semblables désastres et de semblables bonheurs…

 

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