23 février 2008
Hurlement
Il n'en a parlé à personne. Il a soigneusement rangé ses affaires, comme au bureau, quand il aligne ses crayons bien taillés, dans l'ordre décroissant de leur grandeur. Il a mis ses vêtements repassés de frais dans son placard, il a choisi une cravate rouge, à pois colorés, il a fini de se vêtir, et il est sorti. Il a traversé le parc comme s'il se rendait à l'église. Lentement. Il a regardé la lune, et les nuages qui par moments couraient devant elle, il a écouté le léger bruissement du vent dans les feuilles, il s'est arrêté un instant, pour sentir son cœur battre dans sa poitrine comme parfois, la nuit, quand il ne pleure pas. « Je vis encore » a-t-il murmuré. Il a repris sa route, comme un oiseau cherchant son nid. Il a marché longtemps, jusqu'à ce que le froid s'insinue sous sa peau, et il a pensé à cette femme qu'il imagine souvent assoupie à ses côtés, la nuit, quand il ne dort pas.
Maintenant, debout face au noir du ciel, il décide que c'est fini. Il jette ses yeux dans les étoiles, comme pour oublier les obsédants silences de sa vie, il appelle ces fantômes qui viennent danser sous ses paupières, ces musiques lentes qu'il entend, la nuit, quand il ne rêve pas. Puis, chancelant, il enjambe le parapet et saute dans le vide. Il n'entend pas, au loin, le cri qui envahit l'obscurité.
Ce texte est une contribution pour le site-atelier d'écriture Paroles
plurielles, où il m'arrive parfois de sévir. Je l'ai rédigé avec l'«aide» de la
musique de L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Nick Cave et Warren Ellis).
22 février 2008
Chronique d'un voyage en Syrie, II
Samedi 1er mai 2004
Première nuit damascène, fort réparatrice, mais au cours de laquelle on fait connaissance avec l'heure disons… matinale du premier appel à la prière…
Après le calme du vendredi, on découvre l'agitation de la ville, ses hordes de taxis jaunes qu'il faut éviter tel un matador si l'on veut rester en vie. Avant de se plonger dans les visites, programmées de longue date, autant se débarrasser tout de suite de quelques tâches d'intendance. D'où la recherche d'un bureau de Syrian Airlines, d'abord pour liquider les démarches de confirmation du vol de retour, mais surtout pour nous réserver un vol à destination de Deir-ez-Zor, suite de notre voyage. Comme le temps nous est compté, mieux vaut traverser le désert syrien par les airs sur un vol intérieur, d'environ 1 heure et demie, plutôt que par un déplacement en car qui nous prendrait une bonne journée… D'autant que l'équivalent de 10 € par personne pour ce vol ne va pas nous mettre sur la paille !
Rencontre, sur le chemin du musée, d'un vieux syrien tout ému de parler à des étrangers venant de si loin et particulièrement ravi de nous savoir non américains !
Visite du musée de Damas: intense émotion devant le premier alphabet de l'histoire, découvert à Ugarit, et datant du XIVe siècle avant J.-C. C'est minuscule, long de quelques cm, c'est modestement exposé dans une vitrine toute simple, avec d'autres objets, tout en étant aussi important (pour le moins) que la première bible imprimée de Gutenberg !
Visite de la vieille ville, et un choc: la mosquée des Omeyyades. Ainsi déambuler dans 3'000 ans d'histoire: construite en 705 avec le souhait d'en faire la plus belle mosquée du monde, elle remplaçait un église du IVe siècle, laquelle avait été posée sur un temple de Jupiter du Ier siècle, celui-ci ayant pris la place d'un temple dédié au dieu Hadad du IXe siècle av. J.-C… Et quelle ambiance ! Des gens parlent, discutent, rient, mangent, des enfants courent, jouent, d'autres gens prient, méditent, et on ne peut qu'être envahi par un tel climat de tolérance. C'est si fort que j'ai toutes les peines du monde à la quitter. Je le réaliserai encore plus au cours de ce voyage, dans un pays réunissant des sunnites, des chiites, des alaouites, des druzes, des ismaéliens, des chrétiens (onze communautés distinctes !), des juifs….
Une journée épuisante et envoûtante, qui se termine au restaurant Beit Jabri, dans l'un des plus belles demeures de Damas. Décidément, ce voyage démarre en fanfare !
13 février 2008
Le bout du tunnel
Une vingtaine de mois (déjà !…) avec l'impression sournoise, par certains aspects, de faire du sur-place.
Mais, ce soir, peut-être, sans doute, certainement, la sortie du tunnel ! Champagne !
Sinon…