02 mai 2008
Une découverte…
Une des nombreuses cartes de visite de Lausanne est sa Collection de l'Art Brut, dont l'origine est le don que fit Jean Dubuffet à la ville en 1971. Place au Japon cette saison, avec des œuvres découvertes lors de recherches récentes, et présentées pour la première fois en Europe. Douze créateurs japonais, autodidactes, tous handicapés mentaux, sont réunis en une exposition étonnante, riche, troublante.
Mon coup de cœur: Takashi Shuji, né en 1974, dont les pastels énergiques m'ont particulièrement fasciné.
A voir jusqu'au 28 septembre.
25 avril 2008
Emerveillement
Pourquoi aime-t-on Marivaux ? Et pourquoi est-il encore si "moderne", quoique son théâtre affiche près de trois siècles au compteur ? Parce qu'il décrypte à merveille les émois de l'amour naissant, la fine mécanique des sentiments, les mensonges par lesquels on cherche à cacher les siens propres, ou à les découvrir chez l'être aimé… Rien n'a vieilli dans ce domaine, ce me semble.
Quelle merveille que cette Seconde surprise de l'amour vue hier soir à Vidy ! Une somptueuse mise en scène de Luc Bondy, inventive et magique, où l'«outrance» est toute de retenue, dans des regards à peine détournés, dans un souffle ou une respiration à peine esquissés, dans un geste qui avorte à peine ébauché, où gravité et légèreté se rejoignent, portées par des comédiens d'une fluidité dévastatrice…
Cinq nominations aux Molières de lundi prochain, et ce n'est que justice !
30 mars 2008
Bousculade
Je viens de voir, sur la TSR, le film de Patrick Rotman, «68».
Et j'en suis totalement remué…
Revoir, revivre, ré-entendre, ressentir tous ces moments, ces événements entre fin 1967 et début 1969 me fait réaliser à quel point ils ont insufflé dans ma jeune vie d'adulte ce voile de désespérance que j'ai au fond de moi et qui ne me quittera pas…
07 novembre 2007
Il y a des êtres magnifiques, heureusement
J'ai une immense, immense, immense tendresse pour cette personne. Il s'appelle Gérard Guillaumat, il est comédien, c'est un grand enfant de 84 ans, sa fragilité fait sa force.
(Je l'ai vu la première fois il y a environ 25 ans, on avait reçu son spectacle consacré à Maupassant, et on avait passé un bout de nuit émouvant…)
Son histoire est terrible.
Son père est chef d'orchestre, sa mère fait de la danse, sans grand talent mais avec beaucoup de passion. Il grandit avec des gouvernantes, dont une qui fut la première à lui raconter des histoires.
Tout jeune, il entre – un peu par hasard – en relation avec un réseau de Résistance, pour lequel il distribue du courrier, entre Tours et Bayonne. Il a 17 ans. Un jour, il est arrêté par la Gestapo. Il est condamné à mort, sa mère réussit à l'en sauver, mais il se retrouve à Buchenwald, pour trois ans. Quelqu'un le prend d'affection, l'aide à survivre au quotidien. Tous les soirs, ils font un repas virtuel, ils ferment les yeux et s'imaginent manger des châtaignes !
A sa sortie de camp, il retrouve sa mère, qui d'abord ne le reconnaît pas. Il ne peut plus parler, il a perdu l'usage de la parole. Ce sera le théâtre qui le sauvera, qui le ramènera à la vie. En 1947, il rencontre Charles Dullin, qui sera son second ange gardien.
J'ai fait court… Son histoire, il la raconte là (RSR, Samedi 27 octobre. Cherchez un peu, ça commence vers la minute 12'). C'est bouleversant. Dépêchez-vous, ça ne va pas rester longtemps en ligne.
(Et puis ici, aussi.)
14 octobre 2007
Sombre et étincelant
Hier soir, au théâtre de Vidy, tour de chant/spectacle de Pascal Auberson: Kelomès. Il y a parfois des instants qui vous plongent dans des torrents d'intensité...
Là, il s'est arraché, Auberson, entouré de musiciens exceptionnels. Auberson, c'est des mots choc qui se croisent et s'épousent, c'est le rythme à l'état brut qui va à la rencontre de l'Afrique, avec Ferré et Nougaro en filigrane. J'ai profondément aimé.
