24 juin 2009
Quatrain II
Ce regard pétrifié vers un rêve en partance
Un peu de sang discret, ruisselant sur l'asphalte
Et les plaintes soudain que la colère exalte.
Elle aura si peu vu les confins de l'enfance…
18 mai 2009
Plus de sang
Là-bas, des hommes marchent. Dans le silence ou le fracas. Des enfants courent à leurs côtés, heurtant parfois les pierres de leurs chevilles. Les hommes regardent les enfants de leurs yeux clairs, les enfants rient. Ils avancent vers le soleil. Plus loin, des femmes les attendent, ces dames bleues qui dansent dans la lumière. Il n'y aura plus de sang, nous dit-on. Peut-être.
05 mai 2009
Quatrain
Je vois parfois, sans rire, aux aubes inversées,
Dans des recoins parfaits, gonflés de fausses fleurs,
La foule agglutinée, avide de bonheurs,
Ramper ingénument et sourire à la fée.
21 octobre 2008
Un gouffre, peut-être…
Mais où étions-nous donc en cette nuit sans vent
A parler de musique et à nous regarder
Parfois bien au-delà de nos propres silences ?
Vous brûliez mes soupçons je devinais vos chants,
Les rires s'ingéniaient à se multiplier,
Peut-être pour ne pas dévoiler notre errance.
Mais vous riez, Madame, en d'antiques demeures,
Et vous avez raison, ces vers sont démodés
Comme un temple baroque envahi de couleurs…
D'ailleurs dites-le moi, ont-ils bien douze pieds ?
18 mars 2008
Ecriture jubilatoire
J'avoue avoir pris un plaisir tout particulier lors de ma dernière contribution à Paroles plurielles. L'idée m'en a sauté à l'esprit un matin au réveil, j'avais un peu de temps devant moi, aussi m'y suis-je mis dare-dare, et à la mi-journée, c'était en boîte !
La consigne en était la suivante: s'inspirer de la photo ci-contre (photo de Narb), et terminer son texte par "C'est comme ça qu'on perd un procès". Coumarine voulait nous faire souffrir, nous disait-elle, avec cette consigne… Eh bien moi je ne crois pas avoir souffert, au contraire. Voici ce que ça a donné:
Acte II, scène 5
ORONTE
s'adressant à ses valets, au loin
Pour quelques jours encore ma femme est en voyage
Veillez à assurer les bons soins du ménage.
Quant à moi je m'éloigne et serai de retour
Dans une petite heure, avant la fin du jour.
entrant
Mais comment… vous ici ? Et dans quelle tenue ?
Vous entrez en secret, et presque à demi nue,
Cependant que j'instruis les gens de ma maison
Je vous trouve en guêpière au milieu du salon ?
Ne vous ai-je point…
ELISE
Oui, vous m'aviez avertie !
Or chez moi je suis seule, et dors sans compagnie,
Je me languis de vous, mais vous m'abandonnez,
Où donc est cet amour que vous me promettez ?
Votre épouse est absente, et vous avez l'aubaine
De vous hâter chez moi, de me prendre sans peine…
ORONTE
J'allais venir à vous…
ELISE
Baisez-moi !
ORONTE
Taisez-vous !
On pourrait vous entendre, et craignez mon courroux.
J'avoue sans détour les ardeurs de ma flamme
Mais j'attends le moment pour parler à ma femme.
Rentrez par le jardin, évitez qu'on vous voie
Je passerai plus tard me fondre en votre émoi.
ELISE
Je vous attendrai donc. Puis-je être rassurée ?
De grâce, vous viendrez ?
ORONTE
Oui, à la nuit tombée.
Mais ici évitez de tels débordements,
Recouvrez-vous, ma mie, de tous vos vêtements,
Oubliez vos froufrous, cachez vos fanfreluches,
Bannissons tout signal qui serait une embûche.
Je veux que du divorce on fête le succès.
Sachez que c'est ainsi que l'on perd un procès.
23 février 2008
Hurlement
Il n'en a parlé à personne. Il a soigneusement rangé ses affaires, comme au bureau, quand il aligne ses crayons bien taillés, dans l'ordre décroissant de leur grandeur. Il a mis ses vêtements repassés de frais dans son placard, il a choisi une cravate rouge, à pois colorés, il a fini de se vêtir, et il est sorti. Il a traversé le parc comme s'il se rendait à l'église. Lentement. Il a regardé la lune, et les nuages qui par moments couraient devant elle, il a écouté le léger bruissement du vent dans les feuilles, il s'est arrêté un instant, pour sentir son cœur battre dans sa poitrine comme parfois, la nuit, quand il ne pleure pas. « Je vis encore » a-t-il murmuré. Il a repris sa route, comme un oiseau cherchant son nid. Il a marché longtemps, jusqu'à ce que le froid s'insinue sous sa peau, et il a pensé à cette femme qu'il imagine souvent assoupie à ses côtés, la nuit, quand il ne dort pas.
Maintenant, debout face au noir du ciel, il décide que c'est fini. Il jette ses yeux dans les étoiles, comme pour oublier les obsédants silences de sa vie, il appelle ces fantômes qui viennent danser sous ses paupières, ces musiques lentes qu'il entend, la nuit, quand il ne rêve pas. Puis, chancelant, il enjambe le parapet et saute dans le vide. Il n'entend pas, au loin, le cri qui envahit l'obscurité.
Ce texte est une contribution pour le site-atelier d'écriture Paroles
plurielles, où il m'arrive parfois de sévir. Je l'ai rédigé avec l'«aide» de la
musique de L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Nick Cave et Warren Ellis).